Sciences et Phénomènes Insolites du Ciel et de l'Aéronautique

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L'occultation (Astronomie)

La Lune occulte Saturne ou comment les astres nous la font façon Gulliver.




Pour me faire pardonner mon absence d’inspiration sur les deux premiers numéros de SPICA-NEWS, je vais revenir sur un phénomène astronomique qui s’est produit dans la nuit du 3 au 4 novembre 2001. La rubrique « arrêt sur ciel » paraîtra, je l’espère, à chaque fois qu’un événement astro exceptionnel se produira. Nous livrerons ici nos impressions aux lecteurs en y incluant des données pédagogiques en vue de parfaire leurs connaissances.



« Faire de l’astronomie n’est pas seulement excitant à cause de la beauté et la multitude des objets observés. En effet, il est souvent donné à l’astronome initié de pouvoir suivre des événements aux quels le commun des mortels ne peut assister ». Il en fut ainsi dans la nuit du 3 au 4 novembre 2001, lorsque la Lune s’est glissée devant le petit disque orange de la planète Saturne.
Tout commence vers 21h30 heure légale. Le télescope de 115mm, mis en place deux heures avant l’observation, a pris la température ambiante. La fraîcheur est vive, le ciel d’une limpidité parfaite. Un coup d’œil a l’oculaire indique que la turbulence atmosphérique est présente, mais qu’elle se fige par moment. Derniers réglages, ultimes vérifications sur l’instrument dont le tube est trempé de rosée. La haut, la Lune commence l’abordage de la géante aux anneaux.
21h58 heure légale : Il est devenu difficile de discerner la petite bille Saturne maintenant noyée dans le halo sélène. Soudain, le contact se fait entre les deux astres. L’appréhension des distances dans le système solaire remonte dans la mémoire des observateurs. La Lune est en réalité 35 fois plus petite que Saturne, mais aussi environ 330 000 fois plus proche ! Et voilà que ce mastodonte fond sur la belle aux anneaux.
Le spectacle est saisissant, intemporel ( un comble pour une planète nommée d’après le dieu du temps, Chronos ), presque charnel. Du coup, l’on se surprend à vouloir toucher du doigt ces deux corps magnifiques. Puis commence l’immersion proprement dite. En moins de trente secondes le côté Ouest des anneaux est englouti, comme laminé par le globe lunaire transformé pour l’occasion en un véritable rouleau compresseur. La disparition du disque survient une quarantaine de secondes plus tard. Sans nous laisser le temps d’effectuer une éventuelle mise au point sur le télescope, la Lune fait subir un sort identique à la partie orientale des anneaux. Puis… Plus rien. Celui qui en son temps a dévoré ses enfants vient de se faire manger à son tour. La haut, la voûte céleste ne semble pas affectée par la disparition de l’une de ses filles ; pas plus d’ailleurs que tous ces gens déjà couchés ou devant leur écran de télévision.
Les témoins privilégiés que nous sommes ont maintenant une heure devant eux pour casser une petite graine et soulager leur vessie. Un café chaud est également bienvenu.
22h58 heure légale : Les yeux sont revenus se placer derrière les oculaires afin de guetter le moment magique de l’émersion. Et enfin, un arc d’anneau se dégage, suivi du disque et des anneaux tout entiers. La représentation est grandiose car la planète semble surgir du néant. La voilà qui ressort triomphante de l’abîme ou elle était tombée une heure auparavant.
Pendant ce temps, à l’œil nu, un point brillant s’est allumé à droite du terminateur lunaire. Preuve que ce phénomène a pu également être suivi sans l’aide d’un instrument, dans des conditions beaucoup moins bonnes que les nôtres, et par trop peu de personnes assurément.


DOMINIQUE SCHALL