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Perle noire sur écrin de feu ou le transit de Mercure devant le Soleil.
Le mercredi 7 mai 2003, la planète la plus proche du Soleil ( 57, 9 millions de km en moyenne ) s’est glissée devant celui-ci, diminuant du même coup sont éclat de 0, 004 % pendant quelques heures. Il en découle que l’astre du jour fut bel et bien éclipsé ce jour là. Ce phénomène rare n’a évidemment rien de comparable avec les spectaculaires éclipses partielles ou totales causées par la Lune. Ceci peut expliquer la quasi-indifférence dans laquelle a eu lieu la chose. Pourtant, la prochaine représentation observable en France n’aura sont lever de rideau que le 9 mai… 2016. Tant pis pour ceux qui ont décidé de mourir idiots. Il est 5h30 ce matin là. Le phénomène qui doit débuter à 7h11 était dans les rêves de tous les amoureux du ciel. Le réveil est donc très facile. Un rapide coup d’œil par une fenêtre se veut rassurant. Le firmament est dégagé mais il subsiste une petite brume sur l’horizon Est. Rappelons aussi que cet événement est une répétition générale pour le passage de Vénus devant le Soleil – bien plus spectaculaire – le 8 juin 2004. Le matériel d’observation, préparé la veille, est installé sur le site vers 6h45. Le Soleil, levé depuis 6h22, est pour l’instant caché par la brume et quelques nuages bas. Les quelques personnes qui passent ne semblent pas attirées par la présence du télescope. Vers 7h00, une première tentative d’observation du Soleil qui joue à cache-cache est faite. Le résultat est déplorable. En effet, l’horizon toujours encombré de crasse laisse difficilement passer la lumière de l’astre du jour ; et comme nous avons monté un filtre qui ne laisse passer que le 100 000ème de la lumière solaire, l’image est pour ainsi dire absente. Rappelons ici aux lecteurs qu’une telle observation DOIT TOUJOURS ETRE FAITE AVEC UN FILTRE SOLAIRE DE QUALITE ET QUE TOUT AUTRE BRICOLAGE EST A PROSCRIRE. Il y va de la vue des observateurs. Les filtres les plus courants sont les filtres visuels qui laissent passer 1/100 000ème de lumière solaire et les filtres photographiques qui en laissent passer 1/50 000ème. D’autre part, sur une lunette ou un télescope, renoncez au petit filtre solaire à cerclage rouge ( noté SUN ) qui se visse sur les oculaires. Ce « gadget » chauffe très vite et se fend de suite. Il ne devrait même plus être livré avec les instruments. Et surtout, IL NE FAUT JAMAIS OBSERVER CE GENRE DE PHENOMENE AVEC DES LUNETTES TYPE « ECLIPSE » EN ETANT DERRIERE UN INSTRUMENT OPTIQUE. LA FOCALISATION ENGENDREE VA LES DETERIORER RAPIDEMENT, ENTRAINANT DES LESIONS IRREMEDIABLES DE LA RETINE. Ces lunettes sont uniquement à utiliser pour l’observation à l’œil nu. 7h11min35s ! La Terre qui tourne et le temps qui passe n’ont pas laissé le beau temps reprendre l’avantage pour le moment. A environ 84 millions de km de nous, les 4879 km de diamètre de Mercure viennent de mordre le bord nord-ouest des 1 392 530 km du diamètre solaire. Malheureusement, ce premier contact, chargé d’émotions, reste invisible pour nous. Un Monsieur très sympathique descend de sa bicyclette, curieux de voir ce que peut bien faire une personne qui regarde dans une espèce de tube à une heure si matinale. Après quelques explications suivies avec intérêt, lui non plus n’aura la chance de pouvoir observer le début du phénomène. Et la météo semble empirer… 8h00 : les anges gardiens des astronomes semblent vouloir nous rendre service. Le Soleil évolue désormais dans une espèce de brume translucide qui lui donne l’aspect de ces anciennes photos de Vénus en ultraviolet prises par la sonde Pioneer Vénus Orbiter. Mercure est toujours totalement invisible et les observateurs ont le ventre noué. 8h14 : spectacle surréaliste dans l’oculaire. Un avion de ligne vient de traverser l’image en laissant une horrible traînée devant le Soleil qui n’avait vraiment pas besoin de ça. De plus, et comme un instrument d’astronomie renverse les images, notre avion se présente donc à l’envers avec la dérive vers le bas. Une espèce de copie de navette spatiale quelques instants après le décollage ! D’autres traînées de condensation viendront d’ailleurs croiser perpendiculairement la première, comme pour enfermer le Soleil derrière un grillage de fumée… 8h45 : enfin ! Le Soleil vient de surgir majestueusement de cette couche perturbée qui semblait vouloir le garder. Et Mercure devient visible, comme posée en ombre chinoise sur le disque de feu. La vaillante petite planète est désormais la seule à pouvoir ternir la luminosité de l’astre du jour, au grand bonheur de tous les observateurs. Le petit travail scientifique ( qui est un réel plaisir ) auquel peuvent se livrer les astronomes amateurs possédant un petit instrument avec filtre peut commencer. Reproduire par le dessin ce qui est visible dans l’oculaire. Et la vision est grandiose car Mercure croise sur la droite d’une tache solaire qui pourrait l’engloutir environ trois fois. Le transit de Mercure est suivi dans sa totalité qui est de 5h24min. Plusieurs dessins seront réalisés, notamment celui à 9h52min32s qui correspond au maximum du passage, c’est-à-dire l’instant où Mercure se trouve le plus loin des bords solaires. 12h28 : le dernier contact intérieur, le moment de la fin du phénomène est arrivé. La planète semble liée au limbe du Soleil par une sorte de pédoncule noir, semblable à une goutte d’eau sur le point de se détacher d’un orifice étroit. Le phénomène est dû à la diffraction. Et Mercure sort de plus en plus de l’image… Soudain : plus rien. La planète vient de terminer son transit et toute tentative de la suivre est inutile. L’on aurait aimé la retenir, mais la grande ronde de la mécanique céleste est en perpétuel mouvement. Le moment est empreint de nostalgie car après avoir été en compagnie de Mercure pendant toute une matinée, l’on se sent d’un coup bien seul. Le Roi Soleil lui, vient de retrouver ce petit 0, 004% de luminosité qui lui a été contesté un temps par l’une de ses plus humbles courtisanes. Et sur notre coin de planète bleue, la vie de milliers de personnes continue comme si rien ne venait de se passer. Pourtant, voir Mercure traverser le disque brûlant du Soleil devrait donner une leçon d’humilité à tous ceux qui pensent que leur vie sur Terre est une chose normale. En effet, la petite planète qu’ils n’ont pas voulu voir affiche une température diurne moyenne de plus 350° pour moins 170° sur sa partie non exposée au Soleil. Des conditions dantesques, sans chances pour la vie.
Dominique Schall
Date de création : 14/01/2005 @ 18:19
Dernière modification : 14/01/2005 @ 18:19
Catégorie : Astronomie
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